"Je les ai pas tués", "j'étais pas moi-même, j'ai perdu pied": Aurélie S., 44 ans, jugée pour les meurtres de deux de ses nourrissons qu'elle a ensuite placés au congélateur ( AFP / LOIC VENANCE )
"Je les ai pas tués", "j'étais pas moi-même, j'ai perdu pied": Aurélie S., 44 ans, jugée pour les meurtres de deux de ses nourrissons qu'elle a ensuite placés au congélateur, a tenté mercredi d'expliquer ses actes à la cour d'assises de Vaucluse.
Deux nourrissons filles, nées à un an d'intervalle en 2018 et 2019, ont été retrouvées dans le congélateur de cette mère au foyer qui élevait seule ses trois filles à Bedoin, au pied du Mont-Ventoux.
Pull noir, bras serrés sous la poitrine, Aurélie S. est revenue en détails sur la naissance puis la mort de ces deux bébés. "Je regretterai toute ma vie de pas avoir fait les choses comme il faut", a-t-elle répété, sa voix douce brisée par les pleurs, frottant frénétiquement son bras droit avec sa main gauche.
En 2017, elle réalise qu'elle attend un nouvel enfant. Le père, avec qui la relation est "difficile", ne lui donne plus signe de vie selon elle, une fois qu'elle lui apprend la grossesse.
Aurélie S., travailleuse saisonnière qui boucle difficilement les fins de mois, n'a alors qu'une idée en tête: "la faire adopter".
- "Elle a pas pleuré" -
Aurélie S. vit alors une grossesse en cachette de son entourage et ne consulte aucun médecin. Quand vient le terme, elle ne se rend pas à l'hôpital et accouche dans sa chambre, aidée de ses deux filles aînées. Quand l'une d'elles lui propose d'appeler les pompiers, dont la caserne est tout proche, elle refuse.
Le surlendemain de la naissance du bébé, que ses filles prénomment Allia, elle raconte qu'elle glisse dans les escaliers en rentrant de courses, le nourrisson dans les bras, l'écrasant sous elle dans sa chute.
"Elle a pas pleuré, rien du tout", raconte-t-elle. Aurélie S. va déposer le bébé sur le canapé le temps d'aller se changer, "parce que dans la chute ma protection [hygiénique] avait bougé".
"Je n'allais pas rester pleine de sang", a-t-elle répondu à une avocate qui s'étonnait de ce délai avant de prendre soin de son bébé qui avait gravement chuté.
Prostrée, elle reste ensuite "un long moment" sur le canapé, Allia dans les bras, mais "il n'y avait pas de réaction".
C'est un coup de fil de sa fille aînée, qui l'avertit de son retour imminent à la maison, qui lui fait faire l'impensable: "c'est là que je l'ai placée dans le congélateur, je sais pas pourquoi j'ai pas appelé les secours. J'étais pas moi-même, j'ai perdu pied".
- "Le sang et la panique" -
Les analyses médico-légales contredisent l'hypothèse d'Aurélie S.: les lésions sur le crâne de l'enfant ne seraient pas compatibles avec cette chute. "Je l'ai jamais frappée!", a rétorqué la mère de famille à l'audience.
En tous les cas, a cinglé la magistrate en charge de l'instruction à la barre mercredi, "en ne lui prodiguant aucun secours, Mme S. l'a condamnée à mort".
Un an plus tard, un soir, Aurélie S. subit de nouvelles contractions, "qui coupent les jambes". Mais cette fois, assure-t-elle, elle ne savait pas qu'elle était enceinte. Un déni de grossesse dont la probabilité a été confirmée par les experts.
S'ensuit "le pire accouchement de tous, entre la douleur, le sang et la panique". Aurélie S. perd brièvement connaissance, avant de découvrir le bébé "là, entre mes jambes. Elle bougeait pas, elle pleurait pas".
Paniquée par les appels de son aînée à l'étage, elle va poser le nourrisson "dans le bac à linge", dans la buanderie, puis la placer, elle aussi, dans le congélateur, avec son cordon et le placenta, "avec sa sœur", dans le même sac sommairement noué.
"Je les ai pas tuées, mais c’est les conséquences de mes non-actes, de ce que j’ai pas fait", a soufflé la mère.
Les réquisitions sont attendues jeudi et le verdict vendredi.

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